Bergerac se souvient : mausolée indochinois dédié à la mémoire des Travailleurs Indochinois
Entre 1940 et 1948, 4 000 Vietnamiens sont passés par Bergerac. Ils avaient été requis de force au Vietnam en 1939 par le gouvernement colonial français, qui avait besoin de main-d’œuvre pour ses usines d’armement. Internés dans des hangars de la Poudrerie de Bergerac, puis dans des baraquements à Creysse, soumis à l’arbitraire de l’encadrement français, ces « Travailleurs indochinois » étaient contraints de travailler sans jamais percevoir de salaire.
En raison du froid, de la sous-nutrition et du manque d’hygiène, de nombreuses maladies se sont développées dans les camps, en particulier la tuberculose. Les malades étaient généralement envoyés dans les hôpitaux de Marseille et de Bordeaux, mais 61 d’entre eux sont décédés à Bergerac. Cinq ont perdu la vie lors du bombardement de la Poudrerie par les forces alliées, le 13 mai 1944. Un autre, NGUYEN Van Nha, a été tué le 6 février 1945 par un soldat français lors de la répression d’une manifestation de Travailleurs indochinois dénonçant leurs conditions de vie à Bergerac.
Dans un premier temps, ces 61 Vietnamiens, auquel s’est ajouté un tirailleur, NGUYEN Van Pham, furent enterrés au cimetière « protestant » du Pont Saint-Jean, dans 62 tombes individuelles. En décembre 1972, la municipalité de Bergerac exhuma leurs restes, les plaça dans autant de caissettes en bois et les transféra dans le caveau situé sous le mausolée indochinois du cimetière Beauferrier, édifié par l’architecte Auguste Delaval, qui a également conçu ceux de Marseille, Aix-en-Provence et Montpellier. Ce mausolée avait été construit en 1926 pour accueillir les corps des soldats et ouvriers indochinois morts pendant la Première Guerre mondiale et pour honorer leur mémoire.

Recueillement de Travailleurs indochinois devant les tombes de leurs camarades enterrés au cimetière du Pont Saint-Jean à Bergerac en 1944. Crédit : Fonds Bondier-Lecat.

Le mausolée indochinois du cimetière Beauferrier, photo prise juste après sa construction en 1926. Crédit : Laborie.